Les magasins historiques : Fornace Curti

La famille Curti était déjà connue en 1428 quand, tout près des “Colonne di  San Lorenzo”, elle fut chargée par le grand Filarete de la production des importantes briques de la “Ca’ Granda o Ospedale Maggiore” de Milan. Les Curti, ces Lombards pur-sang depuis des générations, ont écrit et écrivent encore une belle histoire dont on est loin de lire le mot “fin”. De père en fils, ils se transmettent les secrets de l’art de créer la plus rouge et la plus résistante des terres cuites lombardes avec l’argile des Navilles et la terre de Boffalora en obtenant des statues, des colonnes, des oeuvres de terre cuite, d’argile très importantes.

Actuellement, la Fornace Curti est un endroit étrange, romantique et même un peu kitsch, mais plein de charme : l’ensemble se présente comme un petit bourg avec ses cours, ses escaliers, ses porches, ses laboratoires.
Dans cette ambiance digne d’un mélodrame de Giuseppe Verdi, les “mastri vasai” travaillent aux tours de potier, aux fours à briques, décorent leurs œuvres : quelle joie que de les voir travailler avec tant de passion et de maîtrise !
Au-dessus des laboratoires, il y a une vingtaine d’ateliers d’artistes qui produisent leurs œuvres en terre cuite ou en céramique et de photographes d’art.

Même l’Accademia di Brera se sert des outillages et des matières premières de la Fornace Curti et de grands artistes tels que Messina, Manzù, Fontana, Pomodoro et beaucoup d’autres ont fréquenté ce bourg d’artisans et d’artistes.
Si vous disposez de quelques heures de liberté, ne manquez pas de visiter ce lieu historique : vous serez éblouis des milliers d’ouvrages, d’éléments décoratifs tels que vases, jarres, tirelires, cheminées. On pourrait dire qu’il est difficile de trouver un centimètre de libre sur ces murs à la forte couleur rouge du “cotto lombardo”.

Je ne saurais pas décliner la liste en entier, mais les Curti au fil des siècles ont sûrement travaillé “alla Ca’ Granda, alla Certosa di Pavia, alle Abbazie di Morimondo e di Chiaravalle, a S. Maria delle Grazie, all’Arcives--covado, a S. Marco, al Cimitero di Pavia, al Duomo di Monza”.
A la Renaissance, il n’y avait pas de séparation entre l’architecture et la sculpture et la terre cuite était protagoniste des plus importants chantiers.
La famille Curti a changé d’adresse, au cours des siècles, quatre fois, sans jamais quitter la zone de porta Ticinese et le dernier de la dynastie, Alberto, est toujours plein d’idées et orgueilleux quand quelqu’un s’attarde dans le labyrinthe de son royaume pour travailler ou pour visiter.
Les amateurs du genre peuvent trouver une intéressante bibliographie à la Bibliothèque Braidense du Castello Sforzesco, ou encore se rendre à la Fornace les troisièmes samedis et dimanches de mai, quand le public peut visiter les laboratoires.
Pour les visites en groupe, avec un guide, il faut réserver, mais la joie de découvrir l’ensemble vaut le coup. L’énorme quantité d’objets utiles, futiles, de rêve nous livrera aux joies de l’achat.
Pour finir, je pense à la belle expression qui vient de la Bible “un colosse aux pieds d’argile” et je trouve qu’à la Fornace Curti rien ne repose sur une base fragile. Tout vient de l’argile de la Plaine du Pô ou mieux, d’un mélange de différentes argiles pour pouvoir obtenir une bonne résistance au gel et une belle couleur vive. Chez les Curti rien n’est laissé au hasard, tout est le fruit d’études, de recherches, d’expérimentations ou d’une simple stimulation intellectuelle et artistique haut de gamme.

Anna Giulia Demè


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