Sur les traces de la famille Borromeo

On ne peut pas vivre à Milan sans rencontrer le nom de Borromeo. Voici quelques repères historiques pour les curieux.

Cette célèbre famille est originaire de San Miniato près de Florence en Toscane. Au XIVème siècle, Filippo Borromeo, chef du parti gibelin, réunissant les partisans de l’Empereur romain germanique, mène, avec le soutien des Visconti, une révolte contre la ville de Florence, alors partisane du parti adverse, les Guelfes. Il est arrêté et exécuté. C’est alors que la famille Borromeo menacée s’enfuit à Milan se mettre sous la protection de Gian-Galeazzo Visconti et s’y établit définitivement. Giovanni et deux autres des cinq fils de Filippo se dédient alors avec grand succès au commerce et créent par ailleurs une banque à Venise, des succursales à Milan, Rome, Bruges et Londres.

Sans descendant direct, Giovanni lègue les biens familiaux à son neveu Vitaliano issu du mariage de sa soeur avec Giacomo Vitaliani, les Vitaliani étant une des plus anciennes familles de Padoue. On peut considérer Vitaliano comme le grand fondateur de la famille Borroméo de Milan. Pour plaire à son oncle il accole la devise Humilitas aux armes de la famille, ce même “ motto ” sera ensuite repris par Carlo Borroméo sur ses armes sacerdotales. Il développe l’activité bancaire en établissant à Burgos et Barcelone deux la République Ambrosienne (1447-1450), à la mort du duc, il achète la forteresse d’Angera. Celle-ci devient le lieu de résidence permanente et le symbole de l’institution politique de la famille. Sa position stratégique, favorable au contrôle du trafic sur le lac Majeur, en détermine l’importance. Elle sera transformée au XVIIIème siècle en somptueuse demeure seigneuriale et accueille aujourd’hui un important musée de poupées.

La descendance continue avec Filippo en 1450, qui perpétue l’autorité déjà notoire de cette grande famille en continuant les développements entrepris dans le secteur bancaire et en recevant du nouveau duc de Milan Francesco Sforza, le titre de comte de Peschiera, preuve s’il en faut de l’appui politique qu’il apporte à ce dernier. A sa mort, Filippo lègue ainsi d’importants titres et capitaux qui seront gérés alors par Giovanni et ses deux fils Lodovico (1468-1527), gouverneur du duché sous Louis XII, et Lancellotto (1473-1512) qui sera l’acquéreur sur le lac Majeur de l’Isola Madre et de l’Isola Bella. L’Isola Madre, la plus grande des îles Borromées, se compose aujourd’hui de jardins exceptionnels abritant des espèces rares et des fleurs exotiques. Elle est célèbre pour ses camélias et ses rhododendrons. Le palais, construit au XVIème siècle, abrite des collections d’œuvres d’art de la famille. L’Isola Bella, très richement dotée de jardins en terrasses et d’un palais de l’époque baroque, fait partie des “must” incontournables à visiter dans la région.
Giberto, qui sera l’heureux dépositaire de la fortune de ses aînés, ne sera pas en reste dans la lignée car il saura mener avec brio les affaires familiales sous l’occupation espagnole de l’époque. Marié avec la sœur de Gian Giacomo Medici, général de Charles V d’Espagne et du Cardinal Gian Angelo, il a deux fils Federico et Carlo auxquels il donne une éducation très stricte basée sur des principes religieux bien établis. Très tôt, Carlo manifeste une grande attirance pour l’église et reçoit la tonsure. Commence alors pour lui une vie religieuse intense. Pourvu des abbayes bénédictines de St Gratien et de St Felix sur le territoire d’Ancone, il entreprend avec succès la réforme des ordres religieux qui menaient alors une vie de dissipation. Il poursuit ses études et devient docteur en droit civil et en droit canon. En 1558, au décès de son père, il revient à Milan et c’est à ce moment-là que son oncle est ordonné Pape sous le nom de Pie IV. Appréciant les talents de son neveu, celui-ci l’installe à Rome avec le titre d’archevêque et lui confère les responsabilités d’un secrétaire d’état. Agé de 22 ans, Carlo vit donc dans un palais mais continue les exercices de piété pratiqués depuis l’enfance : prières, pénitence et mortification. Sa première grande mission sera de veiller au bon déroulement du Concile de Trente et lorsque la mort de son frère Federico le ramène à Milan où un accueil extraordinaire lui est réservé, il s’attèle à la lourde tâche de réformer le diocèse. Il crée un collège dédié à l’éducation des jeunes clercs et réunit un concile provincial pour l’observation des décrets du Concile de Trente régissant de manière stricte la manière de vivre des évêques, des prêtres, la conduite des paroissiens et l’administration des sacrements.
Pour éduquer les autres, Carlo Borromeo commence par donner l’exemple : il redistribue ses biens personnels aux pauvres, fait don des biens familiaux à ses proches parents et se met à vivre dans la plus grande austérité, ne faisant plus qu’un repas par jour. En 1585, la peste éclate à Milan et il parcourt les rues sans crainte du fléau, distribuant secours et consolation. Il organise trois processions qu’il suit pied nus, la corde au cou tenant un crucifix, image souvent reprise dans les peintures le représentant. Son zèle, sa charité lui attirent éloges et bénédictions, et à sa mort, il est enterré au Dôme et est canonisé dès 1610 par Paul V.

La famille continue à se perpétuer grâce à la branche cadette et Giulio Cesar qui a deux fils : Renato qui épousera la fille du duc de Parme et Federico, autre personnage phare de la famille. Devenu très jeune cardinal, il est consacré archevêque de Milan en 1595. Homme de vaste culture, il écrit de nombreux ouvrages pour la plupart restés inédits et fonde à ses frais la bibliothèque Ambrosiana en 1607 qui abrite les manuscrits du célèbre Codex Atlantico, écrits de la main de Léonard de Vinci. Il y associe une pinacothèque, encore aujourd’hui une des plus belles d’Europe et qui a été fréquentée par des intellectuels prestigieux comme Manzoni, Flaubert et D’Annunzio. Le goût exquis de son créateur, associé à une sensibilité peu commune a permis de réunir des œuvres majeures. On y admire entre autre le portrait du Musicien de Léonard de Vinci, une Madonna del Baldacchino de Botticelli, une Adoration de l’enfant de Ghirlandaio ainsi que le carton de l’Ecole d’Athènes par Raphaël, sans oublier la Canestra de Caravage, certainement le tableau le plus connu, ainsi que d’intéressantes œuvres de maîtres flamands comme une série de paysages doux et symboliques de Jan Bruegel, ami personnel du Cardinal… Sans oublier Véronèse, Giorgione, Bramantino…
Ce fervent admirateur d’art travaille également à fournir réconfort et soutien aux pestiférés de Milan lors de la nouvelle épidémie de peste qui sévit en 1630, et comme son cousin Carlo, il fait preuve d’un dévouement exemplaire.

Au fil du temps et des générations, la famille ne comptera pas moins de sept cardinaux : le dernier, Edoardo, né en 1822 fut assistant du pape Pie IX et prit part au Concile du Vatican de 1881. Aujourd’hui, la famille se compose toujours de deux branches. L’aîné de la branche principale porte toujours le titre de Prince D’Angera qui a été concédé à Federico, frère de Carlo.

Marie Meslé


Pour en
savoir plus !
  • Sur la famille Borromée : www.borromeo.it
    Les îles Borromées : www.borromeoturismo.it
    La pinacothèque Ambrosiana : www.ambrosiana.it

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