Une trajectoire victorieuse de Modène à Modène

Enzo Ferrari travaille vingt ans chez Alfa Romeo à Milan comme pilote puis directeur d’écurie avant de créer sa propre marque et de construire à Maranello, près de Modène, ses bolides de légende.

De Modène à Milan, un pilote talentueux

Enzo Ferrari naît à Modène le 18 février 1898. Son père dirige une entreprise de charpentes métalliques et est un des premiers habitants de la ville à posséder une voiture ; il ajoute à sa forge un atelier de réparation automobile et Enzo, peu porté sur les études prend plaisir à l’aider. A dix ans, le garçon assiste avec son père et son frère aîné à une course automobile, la Coppa Florio : c’est une révélation. A treize ans il apprend à conduire.
A quelques mois d’intervalle en 1916, son père et son frère décèdent. Après la guerre, durant laquelle il a servi comme maréchal-ferrant, Enzo Ferrari cherche du travail et se présente chez Fiat à Turin. La lettre d’introduction que lui a rédigée son colonel reste sans suite. Enzo Ferrari est dépité et ne peut alors imaginer que cinquante ans plus tard Fiat se montrera très intéressé à lui racheter sa célèbre marque. Le jeune homme reste cependant à Turin où il rencontre sa future épouse et trouve un emploi dans une entreprise qui transforme les véhicules militaires en véhicules civils : il est chargé de conduire les châssis reconditionnés de Turin à Milan. Lors de ces convoyages, il rencontre à Milan des gens impliqués dans la compétition automobile, Felice Nazzaro, vainqueur de la course à laquelle le jeune Enzo a assisté en 1908, Ugo Sivocci, pilote d’essai à la CMN, Costruzioni Meccaniche Nazional, entreprise qui reconditionne également les véhicules militaires et qui construit aussi des voitures sportives. Ugo Sivocci le fait engager et Enzo Ferrari devient ainsi pilote d’essai pour la CMN à Milan. En 1919, il participe à sa première course à Parme, terminant quatrième de sa catégorie, et prend part à la difficile et réputée course sicilienne, la Targa Florio. En 1920, il est engagé chez Alfa Romeo et termine deuxième de la Targa Florio derrière Nazzaro. Il décroche diverses places honorables et commence à se faire un nom. Sa conduite, quoique fougueuse est basée sur une intuition technique et des connaissances mécaniques qui lui permettent de ne jamais dépasser les limites de la voiture. En 1923, deux mois après s’être marié, il remporte sa première victoire sur le circuit de Savio près de Ravenne au volant d’une Alfa Romeo 3 litres. Il est félicité par le comte et la comtesse Baracca, parents du héros de l’aviation Francesco Baracca, pilote de chasse mort au combat en 1918. La comtesse fait don à Enzo Ferrari de l’emblème de son fils, un cheval noir cabré sur fond blanc. Enzo Ferrari fera sien ce porte-bonheur en changeant le fond blanc par le jaune, couleur de Modène et le fera figurer sur les voitures de course de l’écurie Ferrari dans un écusson triangulaire et sur les routières dans un rectangle. Pour des raisons obscures - maladie, peur après l’accident mortel de Sivocci, crise conjugale - Enzo Ferrari déclare forfait à la veille du Grand Prix de Lyon en 1924, alors qu’il devait prendre le volant d’une P2, la performante voiture que l’équipe d’Alfa vient de créer. A partir de ce moment-là, Enzo Ferrari ne participe plus qu’à des compétitions nationales et met en avant ses qualités d’organisateur et de recruteur de talents ; c’est ainsi qu’il a ravi à Fiat Vittorio Jano, l’inventeur de la mythique P2 qui va dominer sans appel pendant sept ans.


De Milan à Modène, un chef de troupes

Des difficultés financières font prudemment séparer le département compétition des activités industrielles d’Alfa Romeo. Enzo Ferrari devient ainsi le directeur en 1929 de la nouvelle société de compétition la Scuderia Ferrari basée à Modène et qui fait courir des Alfa. Ses pilotes sont parmi les meilleurs du monde, Tazio Nuvolari, le “Mantouan Volante”, Giuseppe Campari, Achille Varzi. Enzo Ferrari abandonne définitivement le pilotage à la naissance de son premier fils Alfredo dit Dino. Parallèlement à la direction de l’écurie, il est aussi le concessionnaire Alfa Romeo pour l’Emilie-Romagne. En 1937, Enzo Ferrari imagine une nouvelle machine de Grand Prix. Encouragé
par le régime fasciste, Alfa décide de revenir en compétition sous son propre label. Enzo Ferrari retourne alors à Milan diriger l’Alfa Corse. Mais les relations sont conflictuelles entre ce personnage orgueilleux et autoritaire et l’ingénieur Ricart qui l’est tout autant. Alfa rachète à Ferrari son projet de voiture et le licencie en lui interdisant de courir sous son nom pendant quatre ans. Outre une appréciable compensation financière qui lui permettra entre autre d’acheter trente hectares à Maranello où il construira son usine en 1942, Enzo Ferrari amène avec lui quelques techniciens talentueux dont Luigi Bazzi. Sans tarder, il fonde Auto Avio Costruzioni, qui construit deux voitures qu’il engage en course ! Mais c’est la guerre, et son entreprise est impliquée dans l’effort de guerre et construit des moteurs d’avions. La fin de la guerre sonne la levée de l’interdiction et Enzo Ferrari lance sa première voiture, la 125 équipée du fameux moteur V12 de Colombo, l’ingénieur d’Alfa qui a rejoint Ferrari. Nous sommes en 1947. Enzo Ferrari a 49 ans. Une marque mythique vient de naître.

Ligne d’arrivée : Maranello, centre de l’univers de Ferrari

Naissent ici les joyaux de la Formule 1 et les splendides routières à piloter plus que à conduire, véritables monstres carrossés par les plus grands designers Touring, Vignale, Pininfarina. Prudente au début, la production s’étoffe au fil du temps, 700 voitures par an dans les années soixante à 2000 dans les années soixante-dix jusqu’à 4000 dans les années quatre-vingt. La production des routières sert à financer la compétition, la vraie passion d’Enzo Ferrari et les routières bénéficient des progrès techniques de la Formule 1. Le “Commendatore” règne en seigneur dans ce gros bourg de 15000 habitants dont 3000 travaillent pour Ferrari avec l’orgueil de servir une entreprise qui incarne la fierté de l’Italie. Une Ferrari, subtile synthèse de tradition et de technologie demande un mois et demi pour être construite. Après une sélection sévère et deux ans d’attente, son futur acquéreur est invité à l’usine de Maranello pour personnaliser sa voiture : choix de la couleur, du cuir, des accessoires. Il existe seize couleurs, le rouge n’est donc pas exclusif, même s’il prédomine, sans doute parce qu’à l’aube des compétitions internationales le rouge a été attribué à l’Italie. Maranello est le temple du fait main. Ferrari est un constructeur à part entière qui réalise la plupart des pièces de ses voitures. Ferrari est l’unique constructeur à avoir sa propre piste d’essai, inaugurée en 1972 à Fiorano, juste à côté de Maranello.
Pendant quatre décennies, Enzo Ferrari avec son orgueil, son obstination, son tempérament irascible est l’âme de Maranello. Il ne quitte presque jamais son fief, même pas pour assister aux Grands Prix qu’il suit à la télévision.
Un mois après sa disparition le 14 août 1988, les deux pilotes Ferrari passent simultanément en vainqueur la ligne d’arrivée à Monza, les poings levés. Ultime hommage à Enzo Ferrari. La Scuderia traverse ensuite des tempêtes mais relève la tête à partir de 1993 sous la présidence de Luca di Montezemolo et la direction de Jean Todt ; ce dernier réforme en profondeur et recrute le meilleur pilote, Michael Schumacher qui propulse Ferrari en haut de la grille pendant six années consécutives et comme de coutume pour chaque victoire Ferrari, fait sonner à toute volée les cloches de Maranello.

 


Annick Carouge
janvier 2006

Pour en
savoir plus !
  • - Le musée municipal de Maranello, Galleria Ferrari, 43 Via Dino Ferrari
    Ouvert tous les jours de 9h30 à 18 heures.
    - Le Ferrari store à Milan, Piazza Del Liberty.

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