| Milan capitale de la mode |
Milan concurrence désormais Paris. Mais auparavant elle a dû s’imposer face à Rome et Florence pour donner ses lettres de noblesse au prêt-à-porter de luxe. Les noms d’Armani, Ferrè, Versace, Dolce e Gabbana font briller le quartier chic de la ville, le célèbre quadrilatère d’or. Même si les temps sont un peu plus durs aujourd’hui ... Du 29 septembre au 2 octobre, Milan vit à nouveau au rythme des défilés de mode pour la présentation des collections Milanomoda printemps-été 2006. Comme 4 fois par an - 2 collections saisonnières masculines et féminines -, accourent dans la ville plus de 100 000 personnes, acheteurs, journalistes, modèles... Au delà des espaces commerciaux de la foire, les défilés ont lieu pour un public spécialisé dans les endroits les plus variés, de la Triennale à la Galleria Vittorio Emanuele ou à une usine desaffectée. A l’écart du grand public, une multitude d’événements branchés donnent durant cette semaine une effervescence particulière à la ville. Mais c’est tout au long de l’année que Milan vit de la mode : on dénombre dans ce secteur 12000 entreprises, 6000 magasins, 800 show-rooms, 14 écoles, 40 agences de modèles. Au coeur de la ville, le quadrilatère d’or concentre 80% des mono marques dont les fameuses griffes du “Made in Italy” : Armani, Ferrè, Krizia, Trussardi, Gucci, Prada, Moschino, Etro, Missoni,Dolce e Gabbana, Alberta Ferretti, Pucci, Versace Les enseignes d’habillement phagocytent les autres activités commerciales du centre ville et se répètent à l’identique sur les grandes artères commerçantes comme le Corso Buenos Aires. Les écrans publicitaires de mode n’hésitent pas à s’accrocher jusque sur les échafaudages du Dôme! La tendance est aussi à la création d’espaces plus fonctionnels avec boutiques, café, librairie etc ... comme l’espace Armani via Manzoni, Marino alla Scala de Trussardi, place de la Scala, Dolce et Gabbana Corso Venezia ou même le 10 Corso Como, ouvert par Carla Sozzani aux jeunes créateurs. Quelques chiffres montrent la puissance économique du secteur de la mode et du luxe en Italie : en 2003, le chiffre d’affaires a été de 80 milliards d’euros - 50 pour le textile, 30 pour les accessoires - .L’Italie exporte 60% de sa production. C’est le premier exportateur mondial de produits de mode et de luxe. Cinq des dix plus grandes fortunes italiennes travaillent dans ce secteur : Leonardo del Vecchio (Luxottica), Luciano Benetton, Achille Maramotti (Max Mara), Giorgio Armani, Miuccia Prada. Comment Milan est-elle devenue en 30 ans capitale de la mode pouvant rivaliser avec Paris ? En 1951, le marquis Gian Battista Giorgini organise dans sa demeure à Florence le premier défilé des maisons italiennes d’Alta Moda devant un parterre de clients et de journalistes. Le succès est tel que la manifestation déménage dans la sala bianca du Palais Pitti pour s’y installer en suivant le calendrier des défilés parisiens. Cela sert de tremplin à une nouvelle génération de créateurs de mode, Emilio Gucci y présente son pantalon corsaire, dans les années 60 Krizia et Missoni y font des débuts remarqués. Dans son atelier de Rome, Valentino Garavani se fait un prénom en habillant de sensualité la jet-set internationale. Face à cette Alta Moda romaine, représentée aussi par Roberto Capucci ou Mila Schön, explosent à Milan une kyrielle de jeunes stylistes qui font triompher le prêt-à-porter de luxe : la bergamasque Mariuccia Mandelli dite Krizia, la milanaise Raffaella Curiel, Giorgio Armani venu de Plaisance, Gianni Versace monté de Calabre. En 1967, Elio Fiorucci ouvre sa boutique kitsch et pop dans l’esprit de la Swinging London. Giorgio Armani d’abord étalagiste à la Rinascente puis styliste chez Nino Cerruti crée sa marque à Milan en 1974. Le premier à préférer Milan à Florence pour présenter ses collections est Walter Albini, suivi de Missoni, Krizia puis beaucoup d’autres. Celui qui impose Milan face à Rome et à Florence est Beppe Modenese,ancien collaborateur de Giorgini, qui organise pour l’association des industriels de l’habillement en 1976 une foire de la mode qui réunit les industriels du prêt-à-porter. Naît ainsi Modit. En 1978, il organise le défilé de 40 stylistes sur l’austère parc des expositions metamorphosé par des décors et des animations. C’est un grand succès, dont la clé est de réunir dans un même lieu, créateurs, acheteurs, industriels. Dès lors, les Milano Collezioni s’institutionnalisent 2 fois par an. Elles reçoivent plus tard l’appui des autorités qui se dotent d’un assesseur à la mode et qui veulent voir Milan réussir sa reconversion en cité post-industrielle et valorisent ses atouts : une tradition séculaire de production textile, une main d’oeuvre qualifiée, des réseaux d’édition, de télévision commerciale, des infrastructures. Les années 80 sont les années de la reprise après les années de plomb, le retour à la joie de vivre et de consommer dans la “Milano da bere”. De savantes stratégies de marketing accélèrent le succès des stylistes et le triomphe du prêt-à-porter de luxe milanais. Les revues spécialisées, Vogue, Harper’s Bazaar ... véhiculent une photo de mode très professionnelle et la chronique mondaine internationale dont les stylistes et les modèles sont les protagonistes. Giorgio Armani s’affirme. Son costume destructuré, sobre et élégant, consacré par le film American Gigolo le propulse vers les sommets. En 30 ans, le styliste de génie va construire 6 lignes de vêtements pour hommes, 6 pour femmes, une collection couture, des parfums, des accessoires, une gamme pour la maison ... un empire estimé à 3 milliards d’euros, dont il a l’entier contrôle, car si les industriels du textile sont devenus stylistes, les stylistes sont devenus chefs d’entreprise. Dans les années 90, deux entreprises familiales font un grand retour en sortant du créneau de la maroquinerie de luxe, Gucci gràce à Tom Ford, et Prada grâce à la nièce du créateur Miuccia Prada. Autre continuité familiale commune à tant d’entreprises italiennes, en 1997 Angela Missoni prend le relai à la tête du design de la célèbre entreprise de maille créée par ses parents. La dernière décénnie a été beaucoup moins florissante pour la mode. En trois ans, le secteur textile a perdu 7% de ses emplois et 10% de son chiffre d’affaires. Qui va assurer la relève ? Milan, sensible à ce qu’elle doit à la mode, puissant moteur de l’économie, a organisé en mai dernier les premiers Etats Généraux de la mode, et se veut optimiste. Des signes de reprise s’amorcent notamment pour la vente du Made in Italy de luxe dans les pays émergents.Malgré la conjoncture, Milan ne doute pas de la capacité à réagir des industriels, et à innover de ses jeunes talents. Anne Carouge | |
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